novembre 15, 2007
Les salons professionnels de cette année ont été particulièrement animés. Certains nouveaux produits ne sont que des versions recyclées d'idées déjà existantes, suivant un cycle de mode. Rien de mal à cela, surtout si l'idée est bonne et que les utilisateurs potentiels consultent la version précédente.
Certaines idées relèvent véritablement de la nouvelle technologie. Issu généralement d'autres secteurs, il s'agit de matériaux, de procédés et de méthodes alternatives pour accomplir des tâches familières. En réalité, nous ne voyons que très peu de telles innovations chaque année. À l'instar d'autres secteurs de la consommation, l'effervescence autour du cyclisme se résume souvent à des conversations animées et statiques, ponctuées de verres qui s'entrechoquent.
La fête que nous aimons partager, celle du cyclisme, est réceptive à l'innovation, à la qualité et à l'ingéniosité. « Très ingénieux » figure en bonne place sur la liste des choses que l'on souhaite avoir à sa prochaine fête. Peu d'entreprises méritent autant l'étiquette de « très ingénieux » que Mavic. Elles apportent un sens du style, du timing et une appréciation du spectacle typiquement… comment dire… française.
Les roues R-Sys de cette année témoignent une fois de plus de leur passion et de leur ingéniosité. Ce système tiendra-t-il les promesses du Ksyrium ? Mavic l’espère assurément. Quoi qu’il en soit, le R-Sys représente une évolution naturelle de la pensée novatrice et ingénieuse qui a donné naissance au Ksyrium.
Dans le cas de Ksyrium, un groupe de designers (au sens figuré du terme) s'est réuni autour d'une table et s'est interrogé sur les raisons pour lesquelles l'aluminium est si bien adapté aux jantes et si peu aux rayons. En répondant pleinement à cette question, on découvre deux choses : premièrement, le fil d'acier est nettement plus performant pour supporter les tensions des roues de vélo de manière économique et efficace ; deuxièmement, on comprend comment travailler l'aluminium pour qu'il puisse rivaliser avec le fil d'acier pour les rayons. Ce groupe de designers a donc répondu à ces questions et, au lieu de s'arrêter au premier point, il a mis en œuvre le second, créant ainsi un marché de niche que le monde du cyclisme n'oubliera jamais.
Il convient de s'attarder sur les rayons, car c'est là que réside la singularité du système R. Après près de dix ans de succès incontesté avec le Ksyrium, Mavic s'est demandé : « Quel matériau pourrait nous offrir à l'avenir des performances comparables à celles de l'aluminium ? » Quelqu'un a dû poser une tige composite sur la table en disant : « Regardez ça ! » Un rayon fabriqué avec ce matériau présente un excellent rapport résistance/poids comparé à l'aluminium ou à l'acier. Il n'est pas trop cher et jouit d'un prestige considérable sur un marché qui raffole de la fibre de carbone.
Mavic a opté pour un tube en fibre de carbone unidirectionnelle pultrudée de 4 mm avec des embouts en aluminium afin d'imiter un rayon Ksyrium. La roue à rayons tendus classique nécessiterait-elle des modifications pour ce nouveau matériau ? Avec le Ksyrium, la clé du succès résidait dans la garantie de :
(1) Assez de matériau pour supporter la charge en toute sécurité.
(2) Pas de coude de rayon, pour épargner au matériau une contrainte locale élevée.
(3) Alignement parfait des points d'ancrage au niveau du moyeu et de la jante.
(4) Tension élevée et super uniforme, de sorte que les charges sont partagées et que les rayons ne s'usent pas complètement en roulant, car l'aluminium est plus vulnérable à la fatigue que l'acier.
Avec des tubes composites pour les rayons au lieu d'aluminium, les points 1, 2 et 3 sont moins critiques, mais restent bénéfiques. Curieusement, le point 4 est critique, mais pour une raison totalement différente. Les composites sont beaucoup moins susceptibles de subir une rupture par fatigue ; il est donc moins crucial d'éviter une tension nulle sur la roue. Cependant, contrairement aux métaux, le tube en fibre de carbone est mal adapté à la compression. Au toucher, il paraît rigide, comme s'il pouvait supporter la compression sans problème. Mais dans une roue, il est difficile de limiter cette force.
Un gros saut ou un nid-de-poule peuvent déformer temporairement (ou définitivement) une jante, engendrant des contraintes potentiellement énormes sur les rayons. Les rayons métalliques se plient simplement et reprennent leur forme. Un tube composite, en revanche, est moins flexible. S'il est contraint de modifier fortement sa longueur, il risque de se fracturer et de s'écailler. Le succès du système R-Sys repose donc sur une tension élevée et uniforme. Les rayons doivent être protégés des contraintes de compression. Heureusement, Mavic maîtrise parfaitement la fabrication de vélos haut de gamme ; vous pouvez donc avoir l'esprit tranquille.
Certains communiqués de presse lors de leur lancement expliquaient que le système R-Sys est conçu pour supporter des tensions plus faibles, contrairement aux autres roues. L'explication principale, selon laquelle le rayon composite plus rigide supporte les charges de compression avec une telle efficacité qu'une tension moindre est nécessaire. En clair, même lorsque la jante se déforme au point que le rayon est lâche, il peut encore supporter une certaine charge en compression, chose impossible pour un fil d'acier fin. C'est en grande partie vrai, mais ce n'est pas toute l'histoire.
La caractéristique la plus importante du système R-Sys réside peut-être moins dans la rigidité en compression des rayons que dans leur remarquable rigidité en tension. Ils sont bien moins élastiques que le fil d'acier. À charge appliquée égale, leur longueur reste constante. Lorsqu'une roue subit des charges latérales, la tension d'un côté des rayons augmente tandis que celle de l'autre diminue. Si les rayons exerçant une traction ne s'allongent pas, la jante reste centrée. C'est précisément le cas du système R-Sys. C'est la faible propension des rayons à s'allonger sous tension qui confère à la roue une telle stabilité, même à faible tension. La perte de rigidité en compression des rayons n'a donc quasiment aucune incidence. J'espère avoir clarifié cette subtilité.
La seule limite de ce système réside dans la forme arrondie des rayons épais. Les sphères, puis les cylindres, sont les formes les moins aérodynamiques. Je n'ose imaginer la résistance au vent du R-Sys à haute vitesse. Non merci. Mais pour les vitesses rencontrées lors d'entraînements intensifs, de sorties d'endurance et de cyclotourisme, cela ne devrait poser aucun problème. Perdre quelques km/h en descente est tout à fait acceptable.
Concernant la rigidité accrue annoncée, la plupart des utilisateurs ont décrit le Ksyrium comme étant proche de la limite de rigidité en termes de confort. Une augmentation mesurable semble donc constituer une amélioration dans un sens discutable. De plus, cette différence soulève la question de la fréquence d'apparition de charges latérales aussi importantes que celles rencontrées lors des tests du Mavic. Les véhicules monoplaces, en s'inclinant dans les virages, évitent la plupart des charges latérales par rapport aux autres types de véhicules.
Les roues R-Sys sont également plus légères. Cependant, les contraintes exercées sur les jantes sont potentiellement tout aussi importantes qu'avec des rayons métalliques. Lorsqu'un rayon est rigide et fixé à ses deux extrémités, comme c'est le cas pour les roues R-Sys, la jante doit être capable de résister à une compression, et non seulement à une traction, en cas de fortes charges. J'imagine donc que les jantes sont simplement allégées.
Une fois de plus, Mavic met à profit son expertise unique en matière de roues pour innover avec une fonctionnalité inédite, en maîtrisant les détails, en corrigeant les points faibles et en présentant le produit avec panache, à l'image d'une avant-première parisienne. Bravo !
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